Do not drink

Blog de critique principalement littéraire.

01 mai 2008

Après l'empire [Emmanuel Todd]

    J'ai peu de livre d'analyse politique ou sociale à mon actif, mais la "fin de l'histoire" de Fukuyama ou le "choc des civilisations" de Huntington ne me m'étaient pas totalement étrangers. C'est ainsi que, dans le prolongement de mon programme, je me plonge dans la vision sans concessions de ce démographe et historien français qu'est Emmanuel Todd. Celui-ci s'est, en 2002, opposé à toute une catégorie d'analystes qui voyaient dans la guerre en Afghanistan puis en Irak la démonstration de l'hyperpuissance militaire des Etats-Unis, et a joué Cassandre en annonçant la "décompostion du système américain" dans Après l'empire. Sa thèse avait a l'époque (et peut-être encore aujourd'hui, quoique les faits semblent lui donner raison) donnée lieu à de vives polémiques et était apparue comme fantaisiste au plus grand nombre. Comment un pays qui avait triomphé du communisme, vécu en maître absolu pendant une décennie (1990-2000) et qui ne connaissait aucun adversaire économique à sa taille pouvait-il être au bord du démantèlement?
    Je partais donc sceptique, de peur de déceler un anti-américanisme primaire, énième anonciateur du déclin américain, au fil de ces quelques pages. Il fallait cependant avouer que Todd avait fait ses preuves: en 1976, il publia La Chute finale, qui augurait la chute du Bloc Communiste (à contre-courant cette fois encore) 15 ans avant sa dissolution.
    L'historien surprend, en retournant complètement les donnes que nous tenions pour avérées. Ainsi les manœuvres militaires de l'armée américaine sont considérées comme un micro-militarisme théâtral: bien qu'étant la plus grande armée du monde, celle-ci ne peut plus s'attaquer qu'à des régimes agonisants, tels l'Irak, d'où aucune menace sérieuse ne pourrait provenir. Les Etats-Unis ne sont plus une solution dans les relations internationales mais un problème, une entrave à la résolution des conflits, comme en Israël et Palestine; le mythe du "terrorisme universel" n'est alors qu'un artifice pour dissimuler le déclin des USA, qui ont perdu leur rôle de leader dans un monde qui s'alphabétise, qui se démocratise et qui peut se passer du géant.
Todd fonde sa réflexion sur des faits et non sur des suppositions, ce qui renforce hautement son argumentation: démographe à l'origine, il met en évidence la baisse du nombre d'enfants par femme dans les pays arabes, l'augmentation du taux d'alphabétisation sur les deux dernières décennies pour démontrer que l'emprise du religieux s'amoindrit en Orient, et que l'influence des islamistes radicaux s'amenuise. Quant à la situation économique, un exemple peut avoir un effet dévastateur: les Etats-Unis sont déficitaires dans leur balance commerciale avec la plupart des pays, et même l'Ukraine.
    La taille de l'ouvrage laisse penser que la thèse aurait pu être plus aboutie, et même si elle possède une force incontestable, elle paraît maigre face à celle de Huntington par exemple. On ne décèle cependant aucune rancœur, aucune préférence nationale dans Après l'empire, Todd analyse scrupuleusement,sans arrière-pensées et laisse même entendre que, comme le disait Tocqueville, c'est la capacité à rebondir après une crise qui caractérise les USA (mais pas avant quelques temps).

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C'est étrange de lire un tel ouvrage aujourd'hui, alors que la faiblesse des Etats-Unis est plus que jamais mise en exergue (l'Irak tourne en second Viêtnam, les subprimes sont loin d'être une affaire close...) et je suis étonné (disons à moitié) de voir fleurir les couvertures sur un problème que certains avaient décelé depuis un moment. Lecture en somme très instructive.

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03 décembre 2007

Les Amants d'Avignon [Elsa Triolet]

    Les pages d'un prix Goncourt ont, pour une première fois, défilé sous mes yeux, se laissant effleurer par mes mains. Certes, ce n'en est qu'un extrait (nouvelle venant du recueil Le Premier accroc coûte deux cents francs), mais pas moins apprécié.
Lire Elsa Triolet avant les grandes oeuvres de son bien-aimé, n'est-ce pas contradictoire, hors du temps ? Aragon dominait toutes mes connaissances poétiques, principalement, sa prose me restant inconnue, mais les écrits de sa femme se révélèrent plus tentateurs.

    Les Amants d'Avignon, c'est très court, trop court, même. Une foultitude de mots, durs, ou délicats, liés les uns aux autres pour un ensemble presque impalpable, relatant à la fois des duretés de la Résistance, du majestueux crépitement du feu qui meuble une solitude trop pesante, des cafés parisiens - et lyonnais ! - à propos desquels tant de songes se sont formés, et des trains bondés, suants, contrastant avec les compartiments déserts de la Wehrmacht. Sans oublier une histoire d'amour, légère, ancrée dans d'habituels clichés mais adoucit l'ensemble de l'oeuvre.

Concise chronique, en attendant de lire la suite du recueil, et peut-être, enfin, Aurélien.

    "Les flammes sortirent du bois, crépitantes, déchiquetées, de belles guenilles de luxe. Cela vous tient compagnie, le fue, sou mouvement, le bruit meublent la solitude.... On le regarde vivre, se démener... Ses sautes d'humeur, ses trépignements, ses jaillissements, sa perfidie, et comme il se fait tout petit, comme il se tapit sous un bûche, on le croirait mourant, mais c'est alors qu'il se lève haut et clair ! Sa gaieté cascadeuse, ses débordements, ses appétits illimités et le calme brûlant des braises.... Des petits chenets noirs soutenaient les flammes : ils représentaient un buste de femme, délicatement moulé, la jolie tête coiffée en bandeaux, une étoffe croisée sur les seins nus."

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Futures lectures ? :
- Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë
- Les Faux-Monnayeurs, Gide
- La Préface de la Critique de la raison Pure, de Kant (ah, depuis le temps...)
- Morphologie du Conte, Vladimir Propp

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05 novembre 2007

Le voyageur sans bagage [Jean Anouilh]

Une petite pièce de théâtre très simple qui m'a laissée sans voix...
    Après la 2nde Guerre Mondiale, le présupposé Gaston est retrouvé dans un gare de triage, amnésique, sans famille, sans attaches, sans... bagage, ni matériel ni psychologique. Après avoir été interné pendant plusieurs années dans un asile psychiatrique, la Duchesse Dupont-Dufort décide d'organiser des rencontres entre Gaston, et des familles qui se sont vues égarer un membre pendant la guerre.
    Le personne de la Duchesse m'a fait beaucoup rire - bien que ce ne soit pas un livre à tonalité comique.. -, voulant à tout pris donner ce Gaston a une famille aisée plutôt qu'à des ouvriers, choisissant l'ordre dans lequel elle va faire ces visites pour que Gaston ait une vie bien rangée. La première  visite se fait justement chez les Renault, famille assez renommée choisie par la Duchesse pour son statut social. Tout au long de leur rencontre, les Renault croient reconnaître en Gaston le fils Jacques qui avait longtemps vécu avec eux. Gaston, brave homme d'apparence réservée apprend, en quelques minutes, tout son passé, de ses pires violences familiales à ses dépravations amoureuses avec des femmes de chambre, et doit faire le cruel choix entre le reniement de sa famille ou l'acceptation d'un tel passé dont il n'a aucun souvenir et dans lequel il ne se reconnaît pas.

       Je ne suis d'ordinaire pas très sensible au théâtre, mais celui d'Anouilh doit avoir un quelconque pouvoir sur moi, pour subjuguer ma lecture et me bouleverser en un tel point, comme ç'a avait été le cas avec Antigone.
Dans le Voyageur sans bagage réside une réflexion peu commune - ou du moins, que je n'avais jamais lu auparavant - sur l'importance qu'on donne au passé, que finalement, le jugement que l'on porte sur une personne et toujours en relation avec son passé. Le pauvre Gaston - ou Jacques - ne fait office d'aucune remarque sur son actuelle condition lors de sa rencontre avec les Renault, on le condamne simplement à de dures retrouvailles avec son passé, qu'il ne connaît pas lui-même.

     Le dénouement de la pièce m'a beaucoup plus, bien qu'immorale pour certains : nous ne sommes pas si dépendant de notre passé, et ce n'est sûrement pas lui qui fait notre personne, mais plutôt nos l'enchevêtrement de nos actes présents. (Je me sens légèrement influencée par L'existentialisme est un humanisme dans mes paroles, mais tant que je ne passe pas deux-cent pages à expliquer que l'existence précède l'essence, tout va bien pour moi.)

[NB: Just Jack ça ne va pas du tout avec Anouilh mais c'était juste pour le plaisir que j'éprouve à écouter cette chanson ;)]

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01 novembre 2007

L'Iliade [Homère] / Homère, l'Iliade [Alessandro Baricco]

    Nouvelle chute de préjugés. L'Iliade est loin d'être un gros pavé infâme et incompréhensible. (Je n'ai pas été jusqu'à croire ça, mais presque). J'entamai la réécriture de Baricco lorsque la soudaine pensée de lire l'originale m'est apparue à l'idée. C'est à présent chose faite. Les deux lectures se sont entremêlées, croisées, puis complétées.

L'Iliade c'est avant tout LA grande épopée. Celle où les noms célèbres comme Agamemnon, Pâris ou Ménélas prennent tout leur sens, celle où la guerre de Troie est parfaitement contée, ne laissant aucun détail aux oubliettes. J'étais à mille lieues de penser que je pourrais me passionner pour une telle histoire. Néanmoins, j'avoue qu'il manque une grande part d'humanité dans la version d'Homère, et que l'implication divine est trop présente (mais je ne suis pas là pour juger des qualités d'Homère !) celle de Baricco m'a donc beaucoup plus plue à ce niveau.

    Son texte peut paraître étrange ; il s'est fondé sur une traduction italienne d'Homère par Maria Grazia Ciani, qu'il a adapté pour une lecture publique, et qui a, ensuite, été traduit en différentes langues, dont le  français.
"Adapter l'Iliade à une lecture publique" tel était au départ, son but. Selon moi, c'est réussi : l'oeuvre d'Homère n'est pas réduite à néant - bien que réduite, tout de même - : la trame est conservée, ainsi que l'ambiance, les plus infimes détails. La seule chose qui n'est pas passé au travers de la plume de Baricco est l'implication des Dieux. Il a estimé - et je suis d'accord avec lui - qu'elles cassaient la narration en diluant la rapidité des faits. Ainsi; l'oeuvre état presque entièrement dénué de toute présence divine, l'insistance est faite sur les actes humains (secondés par les actes divins chez Homère) et le texte ne peut en être que plus humain, plus logique dans sa destination, dont l'homme est l'ultime coupable.

    La seconde particularité est le point de vue sous lequel la guere de Troie est raconté : elle nous apparaît sous les yeux de différents personnages de l'oeuvre qui racontent ce qu'ils voient, ce qu'ils subissent, ou tout simplement ce qu'il en est. Le résultat est bien sûr un texte encore plus humain, où les sentiments d'Hélène, divisée entre les Achéens et les Troyens sont mieux exprimés que dans l'originale, où la tristesse d'Achille face à la mort de Patrocle ne se fait que mieux ressentir.

    Saines lectures donc, riches en apports mythologiques, culturels et sentiments humains. Malgré certains passages comme ceux-ci :

    "Achille tua Dryops, en le frappant au cou. Et Démouchos, en le frappant d'abord au genou, il le tua avec sa lance, et Dardanos avec son épée. De terreur, Trôs tomba à genoux à ses pieds, en demandant pitié. Ce n'était guère plus qu'un enfant, aussi jeune qu'Achille. Achille lui transperça le foie d'un coup d'épée, le foie fit saillie au-dehors et du corps du héros jaillit un sang noir. Moulios, il le tua d'un coup à l'oreille, la pointe de bronze traversa la tête et ressortit sous l'autre oreille. A l'épée, il tua Echeclos, en lui ouvrant le crâne. De sa lance il frappa Deucalion au coude ; puis de son épée lui trancha la tête : la moelle jaillit des vertèbres, et il tomba, le tronc du héros sur le sol. De sa lance, il transperça Rhigmos au ventre, et tua d'un coup dans le dos son écuyer, Aréithoos. Il était comme le feu qui enflamme l'immense forêt, poussé par un vent impétueux. Le sang coulait, sur la terre noire. Et il ne s'arrêtait plus, avide de gloire, les mains souillées de boue sanglante et de mort."

Ils n'étaient tout de même que des hommes (ou presque, pour certains.)

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Harry Potter and the Deathly Hallows/et les Reliques de la mort [JK Rowling]

  Un double titre pour une double lecture - l'une datant de juillet, l'autre d'il y a quelques jours - qui m'ont laissé un goût amer... La saga Harry Potter, phénomène mondial de "littérature" a tout de même enchanté une bonne partie de mes lectures enfantines, adolescentes.. et j'en passe. A présent, c'est terminé. Certes, ça l'était depuis la sortie du livre en version originale, mais une relecture en français me l'a confirmé.

    J'ai fait pour la première fois connaissance avec Harry Potter en décembre 1999, après que l'on me l'ai offert et cette connaissance a pris fin  presque huit ans après. C'est loin d'avoir été un chef d'oeuvre littéraire dont je me serai délectée des paroles : simplement une histoire connue plus jeune, qui m'a captivée - comme plein d'autres enfants de l'époque - et dont j'ai voulu savoir avidement la suite, poussée à la fois par ma propre envie et la médiatisation.

    Je pense être totalement incapable de juger de la qualité de ce livre, et plus particulièrement en anglais. Enfin, j'ai pu posséder  et lire la fin tant attendue, allant au-delà des mots dans ma lecture, ne prenant garde qu'aux actions, toujours les actions, parmi les aveux croustillants. Après la lecture en version originale, je suis restée sur ma faim ; toute l'atmosphère initiale à la fois simple et magique (sic!) de la saga avait disparu pour laisser place à de sombres profondeurs. La mort, encore et toujours, du sang, des cadavres, des pleurs, des déceptions de.. l'action, en somme. Et quelques révélations tant convoitées. Le plaisir éprouvé à la lecture ne vient  finalement que de ces révélations - tout de même très nombreuses - , du fait d'avoir tant attendu des informations sur tel ou tel personnage, tel ou tel fait, et de les posséder, enfin.
    Je restais tout de même  satisfaite jusqu'à ma lecture en français, qui devait parachever mes connaissances sur l’œuvre afin de pouvoir enfin me dire «  je sais tout, je l’ai bouclée ». C’a été le cas, à certains moments, mais j’ai surtout été déçue de la traduction, comme toujours. Je n’irai pas jusqu’à blâmer Jean-François Ménard (je conçois sûrement mal les difficultés de la traduction d’une œuvre) mais un certain nombre de petits détails – dont le titre – m’ont semblé être le comble de la mauvaise traduction.

Une page se tourne dans l’histoire de mes lectures enfantines, qui m’ont si longtemps suivies ; je ne regrette, cependant, rien, et malgré toute la médiatisation (inutile ?) faite autour de ces bouquins : ce fut tout de même un réel plaisir et un grand sujet de discussions, réactions et polémiques !

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13 octobre 2007

Ni d'Eve ni d'Adam [Amélie Nothomb]

    Rares lectures, lectures rares.. et pas très culturelles. J'avais été beaucoup déçue par ses derniers livres, tout simplement parce qu'en en sortant un par un, on ne peut pas faire que du bon. Il n'y a d'ailleurs que dans ses premières publications que je m'étais déléctée ; après, c'était devenu juste sympathique à lire, puis divertissant, puis lassant et répétitif...
Celui-là n'a pas échappé à la règle.

    Je m'attendais à un peu de renouveau, alors qu'en fait l'histoire est racontée en parallèle de Stupeur et Tremblements, au Japon. Ce n'est plus sa vie en entreprise, mais sa vie privée. Ce qui m'a fait rire c'est qu'en lisant Stupeur et Tremblements je m'étais fait la remarque et cela m'intriguait : il manquait toute une partie de sa vie ! A présent je connais cette partie, et je suis déçue. Son écrit est très banal, le petit caustique qu'elle employait dans ses premières oeuvres est largement dissipé.. par ses chevilles enflées peut-être?
    Le plus horripilant reste lorsqu'elle cite des auteurs,des passages de livres ou de films, comme si le lecteur n'était pas capable de lire par lui-même les livres dont elle parle : il faut qu'elle les résume ! Et elle ne se limite pas qu'à un seul.Amélie Nothomb fait toujours ça dans ses livres, sauf que lorsque j'ai lu ses oeuvres pour la première fois, j'avais une culture très limitée et donc j'avais l'impression d'apprendre des choses. Dans Hygiène de l'assassin, elle cite Mort à crédit - et un autre livre dont j'ai oublié le nom - et ça m'avait donné envie de les lire, tout comme la référence à La Chartreuse de Parme dans Mercure. Mais là, elle cite Schopenhauer et une partie de sa doctrine - que je viens de voir en cours, qui plus est -, ainsi qu'Hiroshima mon amour, que j'ai récemment lu, Les liaisons dangeureuses etc. Je trouve ça d'un pédantisme sans précédent, d'autant plus qu'elle n'utilise pas ces références à des fins utiles, mais plutôt pour se faire valloir : "regardez comme mon bouquin est littéraire, il cite plein d'auteurs !!!". Bref.
    Cela dit, avec quelques années et lectures en moins, j'aurai sûrement plus apprécié de livre. Peut-être que si elle se répétait moins, ce qu'elle écrit serait plus appréciable.. à petite dose.

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29 septembre 2007

Des souris et des hommes [John Steinbeck]

    Peu de mes lectures sont descriptibles ici.. Allant de bouquin en bouquin, piochant dans quelques chapitres intéressants, puis retournant sur un autre, et ainsi de suite, je ne finis réellement aucun livre. Exception faite : Des souris et des hommes m'a passionné, et ceci, jusqu'à la dernière page.
    Alors c'est une courte oeuvre, certes, mais le destin des deux personnages principaux - George et Lennie - est accrocheur. Je dois dire que les "idiots" m'ont toujours plus dans les livres ; non pas ceux qui s'enfoncent volontairement dans le bêtise, mais les déficients mentaux de naissance. Donc le "petit" Lennie Small, disposant d'une force physique aussi grande peut être basse son intelligence ne pouvait que me plaire. Il me rappelle évidemment le Benji du Bruit et la fureur, avec son ressentiment animal, son inconscience, et surtout l'attention qu'un personnage lui porte (Caddie chez Faulkner et George chez Steinbeck).
    George et Lennie, amis d'enfance, errent sur les vieilles routes américaines, rêvant d'un lopin de terre avec des lapins, à la recherche de travail, et d'argent, dans les ranchs. L'attendrissement que j'ai éprouvé envers Lennie a "débanalisé" (bouh quel néologisme affreux) l'histoire, courte, simple, mais touchante.
Lennie est seul, il aime à caresser les souris, les lapins, et tout autre douceur naturelle de ce monde. De manière incompréhensible, tout ce qu'il caresse finit par mourir, et il devient encore plus seul, alors qu'il ne veut faire de mal à personne. J'ai été emplie de tristesse de voir que personne ne pouvait comprendre Lennie, à quel il peut être doux et agréable de caresser, et qu'on le prive.
    J'ai été compatissante, je me suis attachée à un idiot, seul, triste, incompris : un assassin.

« Il n’y avait que Lennie dans l’écurie, et Lennie était assis dans le foin, près d’une caisse d’emballage qui se trouvait sous une mangeoire, dans la partie de l’écurie qui n’était pas encore remplie de foin. Lennie était assis dans le foin et regardait un petit chien mort qui gisait devant lui. Lennie le regarda longtemps, puis il avança sa grosse main et le caressa, le caressa du museau jusqu’au bout de la queue.
    Et Lennie dit doucement au petit chien :
- Pourquoi c’est-il que tu t’es laissé tuer ? T’es pas aussi petit que les souris. J’t’avais pas fait caresser bien fort »

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20 septembre 2007

Manuel [Epictète]

    Ce billet aura une visée plus explicative qu'argumentative : en effet, je ne m'oserais pas, avec ces maigres connaissances qui sont miennes, à faire la critique de l'oeuvre (condensée) de toute une vie de sagesse, de connaissances et de vertu, même si certains principes de la philosophie stoïcienne pourraient être remis en cause (et l'ont d'ailleurs été, notamment par son adversaire de toujours, l'épicurisme).
    Replaçons nous dans le contexte : Ier et IIème siècle de notre ère, l'Empire Romain s'est étendu considérablement et continuera d'enfler jusqu'au IIIème siècle, mais c'est un pouvoir instable, trop écartelé. Le brassage des cultures est extraordinaire et le cosmopolitisme est de mise dans toutes les grandes cités; le culte des dieux orientaux se répend et les différences sont banalisées, les échanges commerciaux et idéologiques sont au plus fort. Les prémices de la décadence de l'Empire se dessinent et la population, encline à la superstition, cherche désespérement un salut individuel (Rome voit aussi fleurir un individualisme exacerbé, qui n'est pas sans rappeler une autre époque...). Le stoïcisme va alors répondre à ces attentes. Apparu en Grèce avec Zénon, c'est pendant la période impériale qu'il connaîtra la plus grand succès, notamment grâce à Sénèque ou Musonius Rufus, puis plus tardivement, Marc-Aurèle.
    Le Manuel, écrit non pas par Epictète lui-même, mais par l'un de ses disciples, Flavius Arrien, énonce en bonne partie la conception du monde chez les stoïciens ainsi que des prédications sur le mode de vie à adopter pour cheminer vers la sagesse. Un fil conducteur ressort de cette lecture: la distinction, fondamentale chez le philosophe, des choses qui dépendent de nous et de celles qui n'en dépendent pas.

    "De toutes les choses du monde, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas. Celles qui en dépendent sont nos opinions, nos mouvements, nos désirs, nos inclinations, nos aversions; en un mot, toutes nos actions.
Celles qui ne dépendent point de nous sont le corps, les biens, la réputation, les dignités; en un mot, toutes les choses qui ne sont pas du nombre de nos actions.
   Les choses qui dépendent de nous sont libres par leur nature, rien ne peut ni les arrêter, ni leur faire obstacle; celles qui n'en dépendent pas sont faibles, esclaves, dépendantes, sujettes à mille obstacles et à mille inconvénients, et entièrement étrangères."


    Pour atteindre la sagesse, il faut donc se détacher de tout ce qui ne dépend pas de nous, réfreiner nos désirs de grandeur, de richesse, fantasmes qui entravent l'homme dans sa condition humaine. Mais une conclusion hâtive pourrait amener à croire qu'Epictète condamne ces faux biens, alors que dans la vision stoïcienne, le bien et le mal n'existe pas, ou plutôt n'existent qu'à travers nos représentations du monde, et non dans le monde lui-même. Le cosmos étant un modèle d'harmonie et d'unité, aucune chose ne s'y trouve corrompu, elle y est indifférente. Le véritable mal est bien alors, selon le philosophe, le mauvais usage de nos représentations du monde (la peur de la mort par exemple, totalement exclue de l'esprit du sage). Reproduire l'harmonie de la nature en chacun de nous, voilà pour Epictète, la clé du bonheur.
    Il est pourtant difficile d'atteindre le bonheur selon la définition stoïcienne, elle implique un mode de vie très (trop) ascétique, et l'absence totale de désirs (de ce qui ne dépend pas de nous) est presque impossible. Mais il est très instructif de se pencher sur un mode de pensée tel que celui-ci, apparu dans un contexte si proche du notre, et qu'étrangement on voit ressurgir, comme si l'histoire n'était qu'un éternel recommencement.

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10 septembre 2007

Hiroshima mon amour [Marguerite Duras]

    Je tiens à m'excuser auprès des fans de Marguerite Duras, à propos de la totale incompréhension et du dégoût que j'éprouve face à ses oeuvres. Ce n'était tout d'abord qu'un préjugé, et puis, ne voulant pas me perdre dans des idées reçues, je me suis lancée dans . Ce fut d'un ennui très profond ; baillements répétitifs à chaque page, exaspération devant ses phrases, toujours aussi courtes, toujours aussi dénuées de sens. Ca pourrait presque être poétique, comme témoignage, si seulement les mots assemblés les uns aux autres véhiculaient quelque chose, rien qu'une quelconque image, ou sentiment.. Mais non ; rien qui ne m'atteigne.

    Le style de Duras est horripilant, avec des didascalies en voici en voilà, dans un texte non théatral, mais "cinématographique", des phrases courtes, répétitives, irritantes. Toujours la même rengaine, le même dialogue entre les personnages auxquels on ne s'identifie pas : ils ne dégagent rien et me sont restés perpétuellement inconnus. Pour couronner l'ensemble - déjà bien trop désastreux - des passages érotiques, non élucidés; mais tout a fait explicites, ont été inserés à certains moments.

    Le tout est tristement ennuyeux, dénué de tout sentiments : on est bien loin du "poème d'amour et de mort" que m'annonçait certains commentaires de l'oeuvre.

J'aurai peut-être plus de chance avec le film, qui sait ?

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La Caverne des Idées [José Carlos Somoza]

  Eidesis, eidesis.. Voilà un bien joli mot qui m'était alors inconnu il y a quelques jours, et que je pense maîtriser parfaitement maintenant ! José Carlos Somoza me l'a fait découvrir dans son  oeuvre La Caverne des idées ; je ne pouvais évidemment pas l'apprendre ailleurs, étant donné que ce mot est le fruit de son invention, et imagination.
C'est un livre assez complexe, et je risque de peiner à le raconter parfaitement. La trame "principale" de l'histoire, si je puis dire, se déroule en Grèce au IVe ou Ve siècle avant J.C (on y côtoie Platon, c'est assez surprenant !) et est sous forme d'enquête policière. Un jeune homme, Tramaque, est retrouvé mort, le corps déchiqueté, le coeur arraché, comme s'il avait rencontré des loups assoiffés de sang. Diagoras, un philosophe de l'Académie et précepteur de Tramaque, engage Héraclès, Déchiffreur d'Enigmes, pour enquêter sur ce meurtre.

    Cela paraît banal, à conter ainsi, alors que cette oeuvre est tout, sauf une vulgaire histoire ! En parallèle de la trame principale, on fait la connaissance du soi-disant Traducteur de l'oeuvre (qui à l'origine est censée avoir été écrite en grec) qui laisse des notes de-ci, de-là, exprimant son avis sur ce qu’il lit, ce qu’il traduit. On apprend par le biais de ce Traducteur que l’œuvre est eidétique, c’est-à-dire qu’elle cacherait un secret, une clé, uniquement visible par le lecteur, au travers de métaphores redondantes et connotées. Au fil du temps, les notes du Traducteur sont de plus en plus importantes, on y apprend même sa  vie, ce qui lui arrive, qui n’est pas sans rapport avec l’œuvre qu’il traduit…
    Je ne vais pas en dire plus, de peur de gâcher l’œuvre à ceux qui voudraient, un jour peut-être, la lire, mais j’ai été assez époustouflée par l’ampleur du projet de Somoza, ainsi que la qualité philosophique de l’œuvre, très en rapport avec des idées platoniciennes. (Le titre, déjà, n’était pas sans rappeler certains écrits de ce monsieur…)

 Hormis la construction et la portée du livre, donc, j’ai trouvé prodigieux la mise en contexte de l’époque – la Grèce Antique  – qui est, à mon goût, assez fidèle au niveau du quotidien des grecs. Historiquement, c’est effectivement un peu pauvre, mais ce n’est pas non plus le but de l’œuvre.

    Une lecture agréable, en somme, et surtout une bonne approche à la philosophie platonicienne, pour moi qui risque d’en avoir grandement besoin cette année…

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