22 avril 2008
Le terrorisme de la vertu
Je voudrais tout d'abord m'excuser pour cette longue absence, mais mon (notre) rythme de travail et surtout, ne nous voilons pas la face, mon manque notoire de volonté, ont conduit a la mort lente de ce blog. N'espérons pas trop hâtivement une résurrection tonitruante, mais nous allons tâcher de renflouer ce navire bien englouti par les flots de notre paresse.
Bien des sujets auraient mérité maintes palabres, mais j'ai choisi de remettre le train sur les rails avec une controverse qui fait couler de l'encre aux quatre coins du globe, ces chers et tendres Jeux Olympiques. Les JO, c'est bien, les JO c'est gentil, aux JO tout le monde s'aime et les inimitiés sont rangées de côté pour un temps. Aux JO, les athlètes sont des héros, les hymnes des tubes et les drapeaux des étendards aux couleurs gracieuses. Aux JO, personne n'aime quand quelqu'un vient gâcher la fête, mais tout le monde est d'accord pour dire que la fête comme cache-misère, c'est mal, c'est pas beau. Aux JO, les anneaux sont un symbole magnifique qui va droit au coeur, un symbole d'union fraternelle. Aux JO, la flamme, elle sert de relai affectueux qui traverse les océans pour créer un pont entre les continents; mais aux JO, se souvient-on que c'est Goebbels sous l'impulsion de Carl Diem, qui a instauré le relai de la torche olympique, comme glorification du IIIème Reich, aux Olympiades de Berlin en 1936?
Le lourd manteau de bonne volonté dont s'est paré "l'esprit sportif" ne cesse de s'effilocher, et le CIO marche sur l'ourlet, se casse la figure, sans que personne ne le voit (ne veuille le voir) tomber. Pierre de Coubertin était n'était pas un mauvais bougre, il a cependant transformé le sport en nouvel "opium du peuple", mais cela nous ne pouvons le lui reprocher. La moindre des choses de la part du sport serait de reconnaître que dans ce domaine-ci comme dans tous les autres, la politique, l'économie et les intérêts extérieurs sont intervenus, interviennent et interviendront encore longtemps. Il n'y a pas d'exception. David Douillet sur une brique de jus d'orange, prônant les "valeurs sportives" n'y changera rien. Il n'existe pas plus de morale sportive que de morale politique, la morale a une valeur en et pour elle-même, elle ne peut être l'apanage d'une discipline qui s'opposerait soit disant à tous les maux de la Terre: Immanuel Kant et Jacques Rogge ne feraient décidément pas bon ménage.
Le contexte tibétain est un entrelacs de confusions en tous genres, je ne m'immiscerai donc pas dans ce flot de hors-sujets où tout le monde croit avoir raison, aussi bien du côté chinois que du côté occidental. Ce qui me chagrine en revanche, c'est de voir s'instaurer au sein de notre société un "terrorisme de la vertu", une hégémonie arbitraire de la bonne volonté niaise qui voudrait que l'on suive à la lettre les préceptes qu'elle enseigne. Ainsi, il ne faut pas être gentil parce que l'on sait que c'est bien, mais parce que l'on pense que c'est bien. Les athlètes seraient des êtres venus d'une autre planète, généreux et intouchables, des modèles en somme. Et parce qu'ils représentent les valeurs de l'olympisme, parce qu'ils ont réussi en partant de rien, on ne doit pas leur en demander plus, ils sont champions avant d'être citoyens. Le sport a cependant ses brebis galeuses, et on s'empresse de les clouer au pilori: Marion Jones ne fait alors plus partie du cercle des vertueux et, dans une vision quasi-manichéenne, toute la communauté sportive diabolise ce dopage, instrument du malin. Jeux de dupes, une a été prise la main dans le sac, d'autre courent toujours masqués par un semblant de chasteté.
Je ne souhaite pas tomber dans les excès que je dénonce, il y a certainement beaucoup de sportifs dont l'honnêteté ne peut être remis en cause, mais vouloir faire du sport un lieu saint, où tout péché est inimaginable et où l'introduction d'enjeux politiques (par ailleurs déjà présents de longue date) constitue un blasphème, est une perspective utopique et non profitable.
14 novembre 2007
Extrachronisme
L'histoire m'a longtemps paru antédiluvienne, hors de notre temps, comme une science exacte où l'on apprend des règles immuables, des vérités universelles. Bien sûr, ma vision a radicalement changé et le nombre d'implications de l'Histoire avec un grand H dans notre société actuelle, nos crises internationales, nos conflits sociaux ou nos vies personelles n'a plus besoin de m'être démontré. Mais refaire face à son progamme d'histoire, arracher une photographie formelle d'un bouquin de mon esprit pour enfin voir la réalité des faits, des personnages, est assez troublant.
Gorbatchev...glasnost et perestroïka, dissolution du Bloc Soviétique, URSS... des termes qui résonnent comme des entités intouchables. Chute du Mur, si loin et pourtant si près. Je n'avais pas la conscience des événements, mais j'étais bel et bien né lors de la chute du Bloc de l'Est. C'est inouï d'observer à quelle vitesse un événement passe de l'actualité à la postérité. Déjà, les programmes d'histoire analysent les répercussions du 11septembre et de la guerre en Irak...Eh! Mais j'ai vu tout ça! I was here, devant mon poste de télévision; années de collège, j'ai vécu durant tout cela, en parallèle à tout cela, sans m'en rendre compte et pourtant en y réfléchissant. La limite passé-présent est une chose assez étrange, étrangère (extraneus). Les faits sont là et pourtant, on ne voit pas plus loin que le bout de son nez, nos yeux ne sont décillés que lorsque des pages de papier glacé viennent mettre un nom, une fonction, des tenants et des aboutissants (qui auront changés une bonne demi-douzaine de fois d'ici dix ans) sur un événement.
Au XXeme siècle, l'histoire n'existe plus, elle s'est arrêtée avec la Première Guerre Mondiale, fin de l'ancien monde, des chapitres européocentrés, remplacée par le journalisme, l'investigation. Pas assez de recul, et pourtant, nécessité d'analyser des faits le plus vite possible, comprendre ce qui cloche et comment y remédier. Presque plus d'objectivité, mais interdiction d'être trop subjectif. Tout a une répercussion économique, sociale, géopolitique, environnementale. Il faudrait pourtant attendre 2050 pour commencer à comprendre le début du siècle, avoir un maximum d'éléments en main, avoir été témoin des conséquences. Mais aujourd'hui, le futur est déjà dans nos programmes, spéculation oblige.
21 octobre 2007
Internet est un média libre, soyez en (in)certain.
"- Jeudi 4 octobre: une jeune femme enceinte a été arrêtée et
placée au CRA de Cayenne-Rochambeau en Guyane. Après avoir été
transférée en urgence à l’hôpital, elle a accouché d’un fœtus mort.
- Jeudi 18 octobre: un bébé de 3 semaines et ses parents ont
été arrêtés et placés au centre de rétention administrative (CRA) de
Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande.
- Mercredi 10 octobre: un enfant handicapé moteur et mental et
ses parents ont été arrêtés et placés au CRA de
Toulouse-Cornebarrieu.
- Jeudi 4 octobre: une petite fille de 3 ans et sa mère ont été arrêtées, placées au CRA de Lyon-Saint-Exupéry.
-Jeudi 4 octobre: une petite fille de 15 mois et sa mère, enceinte,ont
été arrêtées et placées au CRA de Toulouse-Cornebarrieu. La mère
perdra ses jumeaux le lendemain."
La France, championne du monde de l'immigration choisie, va sans doute atteindre l'objectif de 25.000 reconduites à la frontière pour 2007 grâce à ses merveilleux entraîneurs...
21 septembre 2007
I want my Invisibility Cloak !
"Des chercheurs britanniques
et américains avancent qu'en théorie il est désormais possible de
concevoir une barrière d'invisibilité, permettant de soustraire tout
objet à la vue. Cette cape d'invisibilité, ou plutôt ce bouclier
d'invisibilité, étant donnée la largeur que devraient accuser les
premiers prototypes, ferait dévier les rayons lumineux, de façon à ce
qu'ils s'incurvent suffisamment pour éviter l'objet qu'elle
dissimulerait : « C'est un peu comme si vous ouvriez un trou dans l'espace », explique David R.Smith, de la Duke's Pratt School. En théorie, la lumière « coulerait » le long de l'objet protégé par le bouclier et épouserait ses formes comme de l'eau autour d'un rocher, pour ensuite reprendre son courant « normal » en aval. Ainsi, non atteint par la lumière, l'objet deviendrait invisible.
Mais, en quoi pourraient bien être fabriqués cette
cape et ce bouclier, pour qu'ils incurvent suffisamment la trajectoire
de la lumière ? En méta-matériaux, des composites artificiels que l'on ne trouve pas dans la nature, explique les chercheurs.
Les rayons lumineux sont déviés dès qu'ils passent d'un milieu à un autre dont l'indice de réfraction diffère. Mais dévier suffisamment la lumière pour qu'elle évite complètement une région de l'espace, tout en reprenant en aval son cours normal, est un vrai défi. Néanmoins, les méta-matériaux ont permis aux scientifiques de faire de grands progrès dans ce sens. Ces méta-matériaux sont composés de plusieurs couches d'une matrice en fibre de verre, empilées les unes sur les autres, entre lesquelles sont insérés des anneaux métalliques. Soumis à un champ électromagnétique ou à de la lumière, les méta-matériaux réagissent en induisant un champ magnétique interne, et peuvent modifier la course des rayons lumineux. En outre, ils sont même capables de présenter des indices de réfraction « négatifs » !
Les équipes de recherche dirigées par Ulf Leonhardt (université de St Andrews, Ecosse) et de John Pendry (Imperial College, Londres) ont montré que, en théorie, des
méta-matériaux pourraient faire « couler » la lumière autour d'un objet
donné, et être utilisés pour construire des boucliers d'invisibilité. Néanmoins, ces systèmes ne pourraient dissimuler des objets qu'aux longueurs d'ondes
correspondant à la taille des composants des méta-matériaux. Aussi,
pour concevoir une cape fonctionnant dans le champ visible, il
conviendrait de la « tisser » aux échelles microscopique et
nanoscopique. Cependant, les chercheurs pensent pouvoir contourner le
problème en entourant le « trou d'invisibilité » d'un matériau à haut
indice de réfraction." Source: Futura-Sciences.com
11 septembre 2007
Chimères pas si chimériques...
"Le feu vert de principe qui vient d'être donné à des chercheurs
britanniques réclamant de pouvoir créer des embryons à partir de noyaux
de cellules humaines et d'ovocytes de bovins ou de lapins marque une
étape cruciale dans l'histoire de la biologie moderne. Un nouveau
verrou a sauté qui annonce probablement d'autres feux verts accordés à
ceux qui maîtrisent toujours mieux la compréhension et le maniement du
vivant. Présentée par les scientifiques comme une simple méthode
permettant de pallier la pénurie de cellules sexuelles féminines, cette
décision conduit à poser, en des termes inédits, la question centrale
des bases biologiques de l'identité humaine.
Les
biologistes britanniques n'auront certes pas la possibilité de faire se
développer au-delà de 14 jours les chimères embryonnaires ainsi créées
: ils devront impérativement les détruire avant ce délai pour obtenir
des lignées de cellules souches destinées, espèrent-ils, à soigner des
affections aujourd'hui incurables. Rien ne permet, par ailleurs, de
savoir ce que deviendrait une telle chimère implantée dans un utérus
humain.
Il n'en reste pas moins vrai qu'en créant une forme de
vie mêlant du matériel biologique animal et humain, ces biologistes se
rapprochent un peu plus encore du rôle du démiurge qui, parfois, n'est
pas sans les fasciner. Cela explique notamment la virulence de la
condamnation du Vatican, qui, qualifiant de "monstruosité" l'autorisation britannique, prend curieusement le risque de sacraliser l'ADN humain."
Source: Le Monde
Il est vraiment très rare que je sois en accord avec l'opinion de l'Eglise mais là, c'est déontologiquement et moralement aberrant. J'approuve généralement les avancées de la recherche dans les domaines thérapeutiques, pourtant cette nouvelle m'a laissé hagard : j'ai bien peur de voir les scénarii dystopiques de nos aïeux se réaliser (Huxley avait tout compris, pauvres de nous). Quel statut pour ces chimères? Humaines? Animales? Et si ces quelques embryons arrivaient un jour à maturité? Les chimères, des Epsilons parfaits? Bienvenue dans le meilleur des mondes.
07 septembre 2007
(Hyper)hypotaxe et parataxe
Ce qui fait le plus défaut aux professeurs de français (à ceux que j'ai pu connaître en tout cas) est l'utilisation d'exemples clairs et parlants, et non de métaphores alambiquées ou de synecdoques douteuses. J'ai longtemps (cela parait lointain maintenant) buté sur les notions d'hypotaxe et de parataxe qui pourtant ne sont pas plus compliquées à comprendre que d'autres figures de style ou de rhétorique comme l'anacoluthe (quelle barbarie du langage, des mots si discordants) ou la métalepse. Mais avec un bon exemple, tout est arrangé.

